J’ai parfois reçu des dirigeants qui, un peu attristés par le montant des charges patronales, se disent : « Tout serait beaucoup plus simple si je ne me payais qu’en dividendes ; 30% au PFU, et voilà. »
La rémunération d’un dirigeant soulève souvent la question du choix entre salaire et dividendes. Avec une fiscalité pesante sur les revenus, beaucoup de dirigeants de sociétés optent pour les dividendes, réputés plus légers. Cependant, se rémunérer uniquement en dividendes comporte des pièges et peut entraîner des risques non négligeables.
1. Pourquoi les dividendes sont-ils attrayants ?
Les dividendes sont souvent préférés par les dirigeants car leur fiscalité est globalement plus avantageuse par rapport aux salaires. En effet, les dividendes sont imposés au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 %, ce qui inclut l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux. En comparaison, un salaire est soumis aux charges sociales patronales et salariales, ce qui peut représenter une part importante des revenus.
Pour les dirigeants d’entreprise, se rémunérer en dividendes permet donc de diminuer le montant des cotisations sociales, améliorant ainsi le revenu net disponible.
2. Les limites de la rémunération en dividendes
On souhaite limiter les cotisations sociales, car oui, ce sont bel et bien une charge.
Mais cette charge a des contreparties ; un dirigeant jeune et en bonne santé avec une entreprise qui est en bonne dynamique aura en effet tendance à oublier que la vie économique d’une société et d’un ménage sont toujours fait de soubresauts.
Quelles conséquences pour quelqu’un qui se paie uniquement en dividende ?
Absence de protection sociale : retraite, sécurité sociale, invalidité, et autres prestations. En cas de maladie ou d’accident, le dirigeant qui a choisi de ne pas se verser de salaire ne percevra aucune indemnité journalière, et il cotisera peu, voire pas du tout, pour sa retraite.
Incertitude des bénéfices : Les dividendes ne sont distribués que si l’entreprise dégage des bénéfices suffisants. En cas de baisse de l’activité, l’absence de bénéfice rendra impossible le versement de dividendes, exposant le dirigeant à un risque de précarité financière. Un salaire, même modeste, assure une source de revenus plus stable, ce qui peut être crucial en période de difficulté économique.
Imposition progressive sur les revenus et IR : Se rémunérer uniquement en dividendes n’épargne pas totalement l’impôt. En cas de dividendes élevés, la tranche marginale de l’impôt sur le revenu peut s’alourdir, rendant la fiscalité de cette rémunération plus coûteuse que prévu.
Également, en cas de faible revenus, de la bonne composition de l’IR personnel, vous pouvez également vous situer dans des tranches à la fois d’impôt sur les sociétés et d’impôt sur le revenu où le versement d’un salaire peut être plus fiscalement avantageux que des dividendes au PFU (et par extension, au barème progressif)
3. La stratégie hybride : un compromis plus avantageux
Pour les dirigeants, une solution souvent recommandée est de combiner un salaire avec des dividendes. Cette approche permet d’assurer une protection sociale minimale et d’optimiser la charge fiscale. Le salaire versé permet de cotiser à la sécurité sociale et de bénéficier d’une couverture maladie et retraite. Les dividendes viennent, quant à eux, compléter cette rémunération en profitant d’une fiscalité plus douce.
Et pour savoir quel part de dividende et quel part de salaire dans votre rémunération, vous n’aurez d’autres choix que de procéder à des simulations. Votre comptable ou votre avocat fiscaliste peuvent vous y aider.
4. En cas de contrôle fiscal : vigilance sur l’abus de droit
Le versement exclusif de dividendes peut attirer l’attention de l’administration fiscale. Si le fisc considère que le dirigeant a structuré sa rémunération de manière abusive pour réduire indûment sa charge fiscale, il pourrait requalifier une partie des dividendes en salaire, avec des conséquences financières importantes.
Conclusion : une réflexion stratégique à mener
Se rémunérer uniquement en dividendes peut sembler être un moyen d’optimiser ses revenus, mais cela présente des limites et des risques à ne pas sous-estimer. Une stratégie de rémunération efficace et pérenne repose sur un équilibre entre dividendes et salaire. Pour chaque dirigeant, l’optimisation de sa rémunération doit se faire en prenant en compte sa situation personnelle, les besoins de son entreprise et les éventuels risques fiscaux.
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| Critère | Rémunération uniquement en dividendes | Rémunération mixte : salaire + dividendes | Rémunération uniquement en salaire |
|---|---|---|---|
| Charges sociales | Moindres, car les dividendes ne supportent que les prélèvements sociaux (17,2 % inclus dans le PFU) | Cotisations sociales sur le salaire (environ 50 % des rémunérations), mais allègement via les dividendes | Charges sociales maximales (environ 50 % du salaire) |
| Fiscalité | Imposée au Prélèvement Forfaitaire Unique (30 %) ou selon barème progressif de l’IR | Salaire imposé à l’IR, dividendes au PFU ou barème progressif | Salaire soumis à l’impôt sur le revenu, avec abattement possible pour frais professionnels |
| Protection sociale | Limité : pas de droits à la retraite, ni d’indemnités journalières en cas de maladie ou accident | Protection sociale renforcée (retraite, indemnités maladie, etc.) grâce au salaire versé | Protection sociale complète, incluant retraite, sécurité sociale, invalidité et prévoyance |
| Stabilité des revenus | Non garantie : dépend des bénéfices distribuables | Plus stable : le salaire assure une rémunération régulière même en cas de faibles bénéfices | Très stable : le salaire assure un revenu fixe régulier |
| Validation de trimestres retraite | Non valide de trimestres, sauf cas spécifiques (RSI ou certains TNS) | Valide des trimestres via le salaire, permettant de cotiser pour la retraite | Valide des trimestres automatiquement grâce aux cotisations sociales sur le salaire |
| Flexibilité | Flexible, à condition d’avoir des bénéfices | Mix flexible, ajustable selon les besoins de l’entreprise | Moins flexible : le salaire est fixe et peut être difficile à ajuster en cas de besoin |
| Contrôle fiscal potentiel | Risque de requalification si les dividendes sont jugés abusifs par rapport aux revenus | Moins risqué si le salaire est raisonnable et cohérent avec le poste du dirigeant | Faible risque de contrôle, car le salaire est la forme de rémunération classique et transparente |
| Simplicité de gestion | Simple, car peu de gestion de charges sociales | Complexité relative , avec calcul des cotisations pour le salaire | Simple, car pas de répartition |
| Optimisation fiscale | Intéressante, mais peut être limitée en cas de montants élevés de dividendes ( | Combinaison optimisée, assurant un équilibre fiscal et social | Sous optimale si tranche élevée du barême |



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