Procédures collectives : mode d’emploi & points de vigilance

Sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation judiciaire, rétablissement professionnel : fonctionnement, délais, et réglementation ?

Introduction

Quand la trésorerie se tend et que les poursuites s’accumulent, agir vite est plus efficace que subir.

Les procédures collectives existent pour remettre l’entreprise sur des rails ou organiser proprement l’arrêt d’activité.

Elles gèlent le passé, protègent l’outil de travail et instaurent un dialogue avec les créanciers sous le contrôle d’un juge.

Encore faut‑il choisir la bonne voie, respecter des délais très courts et connaître les points contestables. Ce guide vous donne une vue d’ensemble, en gardant un cap pratique : comprendre, décider, sécuriser et, si nécessaire, contester.


1) À quoi servent les procédures collectives ?

Elles encadrent juridiquement le traitement des difficultés des entreprises (sociétés, commerçants, artisans, agriculteurs, professions libérales).

L’objectif est double : sauver l’activité et l’emploi quand c’est possible (sauvegarde, redressement) ; liquider avec méthode quand le redressement est exclu (liquidation judiciaire).

Point d’alerte majeur : en cessation des paiements, vous devez demander l’ouverture d’un redressement ou d’une liquidation dans les 45 jours, sauf si vous sollicitez une conciliation dans le même délai.


2) Panorama des procédures (prévention vs. collectives)

A. Prévention (confidentielles, amiables)

Le mandat ad hoc sert à anticiper et à négocier, en dehors de toute cessation des paiements.

Dans un cadre strictement confidentiel, un mandataire vous aide à rechercher des accords avec banques, bailleurs, fournisseurs, fisc/URSSAF, sans publicité ni gel juridique, mais avec une vraie capacité de médiation.

La conciliation, limitée dans le temps (quatre mois prorogeables d’un mois), est accessible jusqu’à J‑45 de la cessation des paiements.

Elle vise un accord constaté ou homologué, plus protecteur (notamment contre certaines nullités, avec des effets utiles pour les cautions et les financements nouveaux).

B. Procédures collectives (publiques, judiciaires)

Si on parle de procédures collectives, au pluriel, c’est bel et bien parce qu’il existe trois types majeures de procédure ; l’orientation vers la bonne procédure est parfaitement déterminant pour l’avenir de votre entreprise.

  • La sauvegarde s’adresse aux entreprises non encore en cessation des paiements mais confrontées à des difficultés insurmontables seules : elle ouvre une période d’observation qui gèle le passé, permet de trier les contrats utiles et de bâtir un plan. Les procédures de sauvegarde accélérée ciblent des restructurations préparées en amont, avec un vote par classes de créanciers : rapides et efficaces quand l’essentiel du passif est financier.
  • Le redressement judiciaire concerne l’entreprise déjà en cessation des paiements mais « redressable », dont la situation ne parait pas irrémédiablement compromise. Ainsi, l’activité continue, un plan de redressement et préparé, permettant l’apurement du passif.
  • La liquidation judiciaire intervient lorsque le redressement est manifestement impossible : l’exploitation s’arrête ou est cédée, les actifs sont réalisés, les contrats et les emplois sont gérés sous contrôle du liquidateur.

3) Déroulé type et effets immédiats
a) Déclenchement & compétence

L’instance peut être saisie par :

  • le débiteur lui‑même
  • un créancier
  • ou le ministère public.

Certains organes, comme la DGFIP ou l’URSSAF peuvent également diligenter des assignations en procédure collective sans la rechercher réellement, mais à titre « comminatoire », pour inciter plus que fortement le débiteur a régler ses dettes.

Il est fondamental, dans ces situations, avant l’audience, de prendre contact avec eux et de trouver un accord amiable d’apurement de la dette.

b) Jugement d’ouverture : ce qui change tout de suite

Dès le jugement d’ouverture et la publication au BODDACC, les poursuites individuelles et voies d’exécution pour les créances antérieures s’arrêtent.

Le paiement des dettes antérieures devient interdit, sauf rares exceptions.

c) Période d’observation

Cette phase dure 6 mois, renouvelable une fois (maximum 12 mois), avec une prolongation exceptionnelle possible jusqu’à 18 mois sur réquisition du parquet.

On dresse alors un bilan économique, social (et souvent environnemental), on sécurise l’exploitation et on prépare l’issue : plan de sauvegarde/redressement, cession d’actifs ou, si nécessaire, conversion en liquidation.

d) Déclaration des créances & vérification

Après publication au BODACC, les créanciers disposent en principe de 2 mois (ou 4 mois s’ils sont domiciliés hors de France) pour déclarer leurs créances au mandataire. Un créancier en retard peut demander un relevé de forclusion dans les 6 mois s’il justifie d’un empêchement légitime. Le juge‑commissaire tranche les contestations (admissions/rejets), dans des délais courts, avec voies d’appel selon les cas.

e) Issues possibles

À l’issue de l’observation, le tribunal peut :

  • arrêter un plan (sauvegarde ou redressement) d’une durée pouvant aller jusqu’à 10 ans (jusqu’à 15 ans pour les agriculteurs),
  • ordonner une cession totale ou partielle,
  • prononcer une liquidation. Pour les entrepreneurs individuels éligibles, le rétablissement professionnel aboutit à l’effacement des dettes à la clôture.

4) Points de vigilance — pour se défendre et contester

Ouverture : Les délais de recours sont courts : comptez en principe 10 jours pour faire appel d’un jugement d’ouverture (sauvegarde / RJ / LJ) et 10 jours pour une tierce opposition à compter de la publication BODACC.

Vérifiez la compétence de la juridiction et la publicité (notification/publication) qui fait courir les délais.

La date de cessation des paiements est un levier stratégique : elle délimite la période suspecte et conditionne d’éventuelles nullités ; un report est envisageable dans l’année de l’ouverture (plafond de 18 mois en arrière).

Pendant l’observation : Sur les contrats, opposez les clauses de résiliation automatique et exigez la poursuite des contrats utiles avec paiement du courant ; côté créancier, sécurisez vos prestations (garanties, conditions de paiement). Sur les paiements, évitez tout règlement d’une dette antérieure (risque de nullité) et distinguez soigneusement les créances postérieures utiles. Si vous êtes au contraire créancier, déclarez dans les 2 mois (ou sollicitez un relevé de forclusion dans les 6 mois en cas d’empêchement), surveillez l’état des créances et formez vos contestations devant le juge‑commissaire dans les délais.

Dirigeants : Déposer dans les 45 jours en cas de cessation des paiements (sauf conciliation) limite l’exposition à l’interdiction de gérer ou à la faillite personnelle. En liquidation, une action en comblement de passif peut viser les fautes de gestion ayant contribué à l’insuffisance d’actif


    5) Check‑list express (si vous êtes débiteur)

    En pratique, commencez par cartographier votre trésorerie et qualifier la cessation des paiements ; si elle est avérée, enclenchez une conciliation ou déposez sous 45 jours. Priorisez le courant utile (salaires, charges indispensables), dressez sous 8 jours la liste des créanciers et ouvrez une data‑room (contrats, sûretés, baux, stocks, litiges).

    Sécurisez les contrats essentiels en rappelant l’inopposabilité des clauses « procédure = résiliation ». Enfin, pilotez la communication (BODACC, bailleur, banque, clients clés) et tenez un calendrier d’audience précis ; en liquidation, traitez sans délai le social, la restitution/réalisation des actifs et la clôture.

    6) Check‑list express (si vous êtes créancier)

    Surveillez les publications BODACC et les avis du mandataire (un courrier est en principe adressé aux créanciers connus).

    Déclarez votre créance dans les 2 mois (ou 4 mois hors de France), et, en cas de retard justifié, demandez un relevé de forclusion dans les 6 mois.

    Contrôlez l’état des créances, formez vos observations et réclamations dans les délais. Pour la poursuite d’un contrat utile, exigez le paiement du courant ; à défaut, sollicitez la résiliation judiciaire.

    N’oubliez pas d’examiner les nullités de la période suspecte et, dans les cas graves, les actions en responsabilité contre les dirigeants.


    7) FAQ rapide

    Puis‑je contester une liquidation judiciaire ? Oui. L’appel se forme en principe dans les 10 jours du jugement ; la tierce opposition est ouverte aux tiers non parties dans les 10 jours de la publication BODACC.

    Je suis indépendant / profession libérale : tribunal compétent ? Selon l’activité, TAE (acteurs économiques) ou tribunal judiciaire. La compétence est vérifiée au cas par cas.

    Que devient mon bail / mes contrats ? Ils continuent en principe : aucune résiliation automatique du seul fait de la procédure. Le paiement du courant des prestations utiles est requis.

    Quelle durée maximale d’un plan ? En général 10 ans, portée à 15 ans pour les exploitations agricoles.

    Puis‑je payer un ancien fournisseur après l’ouverture ? Non, sauf hypothèse de compensation connexe. Un paiement irrégulier s’expose à une nullité.


    Besoin d’aide ?

    Je vous assiste en urgence (stratégie conciliation / sauvegarde / RJ / LJ), rédige vos recours (appel / tierce opposition, contestations devant le juge‑commissaire) et sécurise vos contrats et créances.

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